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Chasse

Orignal : toute la lumière sur les frottages par Mario Ross.

Voilà enfin que débute une autre saison de chasse à l’orignal! Comme toujours, c’est gonflé à bloc que vous pénétrez en forêt à la recherche d’indices frais laissés par les orignaux du secteur. Soudain, votre attention se porte sur un frottage effectué sur un arbre. Voilà un signe encourageant, mais comment devez-vous l’interpréter et adapter votre stratégie suite à cette découverte? C’est ce que le guide Mario Ross de Pronature nous apprendra dans le cadre de cet article.

C’est reconnu, l’orignal est de loin le cervidé qui fascine le plus les chasseurs du Québec. Son imposant panache qui repousse à chaque année à une vitesse incroyable n’est pas étranger à cet engouement. C’est à la fin du mois d’août que se termine la croissance de cet ornement qui aura un grand rôle à jouer lors de la saison des amours. Le velours qui recouvre le panache commence alors à sécher lorsque s’amorce le raccourcissement significatif du jour solaire. Cette perte de luminosité a pour effet de faire grimper le taux de testostérone des mâles. Ce changement hormonal entraîne un arrêt de l’irrigation des vaisseaux sanguins présents dans le velours. Il en résulte que celui-ci commence à sécher puis à se détacher du panache. Selon ce que j’ai pu observer au fil des ans, le début de cette période se situe entre la fin août et les premiers jours de septembre. Du premier août au premier septembre, la durée des journées raccourcit de 1 h 32, ce qui est amplement suffisant pour provoquer des changements importants chez ce cervidé. Ainsi, le velours qui ornait leur panache tombe graduellement en lambeaux et c’est là que les mâles commencent à faire leurs premiers frottages pour se débarrasser le plus rapidement possible de cette enveloppe qui ne leur sert plus à rien.

Fait intéressant et particulier, il arrive à l’occasion que le mâle aille jusqu’à manger le velours qui pend de son panache. Excellente source de protéines,celui-ci fait aussi la convoitise de bien des chapardeurs et c’est pour cette raison qu’il est plutôt rare d’en découvrir en forêt. Pour votre information, toutes les lignes que l’on voit à la surface d’un panache d’orignal sont en fait les traces laissées par les nombreux vaisseaux sanguins qui l’alimentaient. De plus, il est intéressant de savoir que la coloration du panache peut varier selon le degré d’oxydation du sang qui l’a nourri et selon une réaction chimique provoquée lorsque le mâle le frotte sur des arbres. Ce sont les mâles matures qui sont les premiers à perdre leur velours. Quant aux plus petits mâles, qui ont un rôle beaucoup moins important dans le processus de reproduction de cette espèce,cela peut aller jusqu’au 20 septembre approximativement et même plus tard. La plupart du temps, les frottages servant à enlever le velours sont principalement faits sur des talles d’aulnes ou de jeunes feuillus. Ce sont des frottages moins agressifs que ceux que feront les mâles lors des prochaines semaines de l’automne.

En effet, les premiers ne sont pas effectués pour répondre à la provocation d’un autre mâle, mais bien par simple nécessité. Ces frottages de velours se produisent dans des endroits souvent situés entre les sites d’été et ceux d’automne. L’orignal étant en transition de territoire à cette période de la saison, la découverte de frottages réalisés pour enlever son velours vous indiquera seulement où était ce cervidé au début du mois de septembre, rien de plus. Ce n’est donc pas nécessairement un indice qu’il faut considérer pour votre saison de chasse qui débutera, pour la plupart d’entre nous, un peu plus tard. Mais pourquoi les gros mâles perdent leur velours en premier? Scientifiquement,cela s’explique par le fait que le taux de testostérone grimpe de façon plus radicale chez les mâles adultes que chez les jeunes sujets. Cela fait alors en sorte que l’arrêt de la circulation du sang au niveau du velours débute plus tôt chez les mâles matures que chez les juvéniles. Je vais en rajouter en vous donnant aussi mon interprétation. Les mâles matures perdent leur velours en premier, car ils se doivent d’être prêts pour la prochaine étape qui ne concerne que les gros sujets. Je fais référence à l’étape durant laquelle s’établit la hiérarchie entre mâles matures. C’est à cette période que les mâles n’hésiteront pas à combattre pour déterminer qui sera le roi du secteur. Mais avant d’arriver à ces confrontations, les mâles pensant aspirer au rang de maître des lieux auront besoin d’un genre d’arène de lutte pour évaluer leur propre force. Et pour cela, quoi de mieux qu’un adversaire qui ne se défilera pas et qui leur donnera une bonne idée de leurs chances. Je parle bien entendu des arbres et arbustes du territoire fréquenté par ces mâles. Ces arbres peuvent prendre la forme d’un jeune résineux ou feuillu ou d’une talle d’aulnes ou autres jeunes feuillus.

Établissement du dominant du secteur

Aux environs du 10 septembre, commence donc l’étape des confrontations, et celle-ci durera environ une semaine. Avec le raccourcissement des journées, le taux de testostérone des mâles continue de grimper en flèche et ceux-ci savent très bien que le rut approche à grands pas.

En plus de commencer à émettre des sons en forêt, les mâles se rabattent sur des arbres et arbustes pour deux raisons précises. Comme je vous le disais précédemment, cela vise à tester leurs forces et à se donner de la confiance. En effet, leur panache nouvellement dépourvu de velours constitue une sorte d’arme de guerre qu’ils doivent tester avant les affrontements ultimes avec de vrais adversaires. Ainsi, ils commenceront par s’attaquer à des talles d’aulnes ou de jeunes arbres qu’ils n’hésiteront pas à déraciner ou à casser à la hauteur de la cime. Cette démonstration d’agressivité est aussi un signal sonore lancé aux autres mâles du secteur à l’effet qu’un des leurs est prêt à défendre âprement ce territoire. En agissant ainsi, ils signalent donc clairement leur présence aux autres mâles du secteur. Les frottages pour établir la dominance entre mâles sont d’ailleurs effectués normalement sur le territoire même qui deviendra la zone de rut ou dans ses environs. Ainsi, la découverte de tels signes représente un net avantage dans le succès de votre expédition de chasse.

 Frottages en période de rut

 Après la perte des velours suivie de quelques combats visant à déterminer le mâle dominant du secteur, les femelles commencent à manifester leur présence en forêt, signe que la période d’accouplement arrive à grands pas.

Lors des deux étapes précédentes, les mâles frottaient leur panache pour se débarrasser de leur velours et, par la suite, pour tester leur nouvelle arme et aussi pour signifier leur présence aux autres mâles du secteur. À quelques jours de la période d’accouplement, leur taux de testostérone atteint son maximum et les mâles, tout comme des adolescents, sont à prendre avec des pincettes. La moindre provocation ou frustration peut les faire sortir de leurs gonds. En pareil cas, ce sont encore les arbres et arbustes qui servent à drainer toute cette agressivité. Les sujets de moindre envergure font plus de frottages que les mâles matures et cela est tout à fait compréhensible. Premièrement, les mâles matures possèdent la recette ultime pour attirer les femelles du secteur en effectuant des souilles dans lesquelles seule leur urine peut avoir un pouvoir attractif sur ces dernières. Puisque ces grands mâles ont acquis une certaine expérience, ils feront des frottages là où ça compte, soit à proximité de leurs souilles. Ces repères visuels servent probablement à guider les femelles vers leur prétendant et à s’assurer qu’elles demeurent auprès d’eux. En de rares occasions, vous aurez peut-être la chance de découvrir des arbres de grand diamètre frottés à outrance sur une hauteur pouvant atteindre 7 ½ pieds. Une telle découverte vient vous confirmer, hors de tout doute, qu’il y a un mâle doté d’un panache à faire rêver dans le secteur. Revenons maintenant aux mâles de moindre envergure, soit ceux âgés entre 1 ½ an et 2 ½ ans. Ceux-ci ne font pas de souille. Lorsqu’ils entendent une femelle appeler et un autre mâle lui répondre, ils essaient d’utiliser tous les moyens pour manifester leur présence afin d’espérer avoir une toute petite chance de la charmer.

Parmi ces moyens, brasser leur panache dans une talle d’aulnes ou éplucher littéralement un jeune conifère est monnaie courante. C’est bien beau de découvrir des frottages, mais il est important de ne s’attarder que sur ceux dont la fraîcheur est sans équivoque. Ainsi, un arbuste qui a été brassé mais dont les feuilles sont toutes séchées ne sera pas d’une grande utilité. Par contre, le même arbuste pourvu de feuilles tout aussi fraîches que les coupures au niveau des branches devra être considéré. Dans la même veine, un résineux qui a été épluché et dont la sève coule encore sur le tronc devra être considéré plus qu’un autre dont la sève est bien séchée depuis un certain temps. Tout est donc une question de fraîcheur des indices découverts. En plus de cela, il faut que vous découvriez des frottages en quantité intéressante. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il ne faudrait pas que vous mettiez tous vos efforts sur un seul petit frottage frais découvert au hasard. Assurez-vous donc qu’il y en a d’autres tout aussi frais dans le secteur. Enfin, si ces deux conditions sont respectées et qu’en plus vous chassez entre le 20 septembre et le 5 octobre, ça vaut la peine d’y mettre les efforts nécessaires.

Technique de prospection et de chasse

Bien qu’il soit important de s’attarder aux indices les plus frais possible en période de chasse, je vous suggère fortement de faire une bonne prospection immédiatement après la saison de chasse. Pourquoi? Parce qu’une saison de chasse est toujours trop vite passée et vous devez savoir absolument avant le début de la prochaine saison où vous devrez mettre vos énergies.

Ainsi, il faut comprendre que les orignaux ne font pas des frottages un peu partout en période de rut. Donc, l’endroit où il y avait de l’action lors de la saison qui vient à peine de se terminer risque très fortement d’être à nouveau le théâtre d’activités pareilles l’année suivante. De plus, en prospectant immédiatement après votre saison de chasse, vous aurez beaucoup moins de difficulté à différencier les frottages effectués au début de septembre de ceux qui comptent et qui sont faits en période de rut. En effet, les arbres ayant servi aux premiers frottages de la saison seront déjà défraîchis, ce qui ne sera généralement pas le cas de ceux faits en période de rut. En dernier ressort, vous pouvez faire votre prospection au printemps, mais il faut simplement que vous soyez doublement vigilent pour ne pas confondre des frottages de début de saison avec ceux faits en période de rut. Que vous procédiez à votre prospection après votre saison de chasse à l’orignal ou au printemps, celle-ci doit être faite minutieusement et vous devez découvrir et noter le plus d’indices possible. Ainsi, lorsque vous avez découvert quelques frottages dans un secteur, élargissez votre périmètre de prospection jusqu’à environ 300 à 500 mètres et tentez d’en trouver le plus possible. En procédant ainsi, si vous êtes réellement dans une zone de rut, vous finirez par tomber non seulement sur d’autres frottages, mais aussi sur une ou plusieurs souilles. Vous aurez alors découvert le cœur de la zone de rut et vous remarquerez qu’il y a des signes de frottages pratiquement tout autour de ces souilles. En effet, il faut bien comprendre que la plupart des frottages dans une zone de rut sont faits par des mâles de 1 ½ à 3 ½ ans.

C’est ainsi qu’ils manifestent leur présence aux autres mâles du secteur qui tentent eux aussi de s’approprier les femelles des environs. Et puisque la souille d’un mâle dominant est un véritable aimant à femelle en période de rut, il est tout à fait normal de découvrir des frottages tout autour. Je ne vous apprends rien en vous disant qu’à l’endroit où un mâle dominant a fait une ou plusieurs souilles, vous risquez fortement de voir dans les parages quelques jeunes mâles qui tenteront de se faufiler pour avoir une chance de s’accoupler avec une des jeunes femelles arpentant ce secteur. La meilleure façon de noter tous ces indices est d’utiliser votre GPS. Enregistrez donc tous les frottages et les souilles que vous découvrez. Après avoir enregistré le plus d’indices possible, je vous suggère fortement de les transposer sur une carte écoforestière. Ainsi, vous pourrez avoir une vue d’ensemble qui vous permettra de faire une analyse plus exhaustive et comprendre pourquoi les orignaux font plus de frottages à un endroit qu’à un autre. Vous pourrez même en venir à découvrir des corridors naturels empruntés par les orignaux pour accéder à ces sites de prédilection et y installer des postes d’affût.

L’important, lorsqu’on trouve des indices du genre, c’est de les analyser en considérant d’autres éléments qui gravitent autour, comme un dortoir, un secteur nourricier, une coulée, le sommet d’une montagne, etc. En ayant procédé ainsi, rendu à l’automne, il ne vous restera qu’à confirmer que le secteur est encore bel et bien visité par quelques mâles. Pour cela, vous n’avez pas à faire une fouille en règle de votre secteur en risquant de contaminer les lieux au tout début de votre saison. La découverte de quelques frottages ou empreintes sera amplement suffisante pour confirmer que le secteur est visité à nouveau. À ce sujet, je vous suggère fortement de ne pas toucher inutilement les frottages que vous découvrez. Rien ne sert de fournir des munitions à ce cervidé doté d’un très grand sens de l’odorat. Dans le meilleur des mondes, la découverte de deux ou trois secteurs du genre assure au chasseur une excellente latitude en vue de la saison de chasse. En effet, cela permet d’alterner d’un secteur à un autre et ainsi de laisser reposer un site qui serait probablement brûlé après trop de séances de chasse consécutives. Après avoir procédé de la sorte et s’il n’y a eu aucun changement majeur à la configuration de votre territoire, vous pouvez commencer à penser stratégie. À ce sujet, vous pouvez y aller passivement ou être proactif, libre à vous. Voyons donc cela ensemble.

Technique passive

Comme je vous l’ai expliqué auparavant, lorsque vous découvrez un secteur où il y a beaucoup de frottages, c’est qu’il y a plus d’un mâle dans les environs. Ainsi, si en analysant votre carte écoforestière vous découvrez des passes naturelles, il y a fort à parier que ces mâles risquent de les emprunter.

Il est par contre important de ne pas se positionner au cœur de la zone de rut car en agissant ainsi, vous brûlerez votre site très rapidement. Il est préférable de vous installer en périphérie du secteur et de surveiller un des points d’entrée de ce site de prédilection. Celui-ci peut se traduire par exemple par une pointe de résineux avançant dans un bûché, une pointe de bois traversée par un chemin forestier et entourée de chaque côté de bûchés, une coulée aboutissant directement au secteur de frottages, un sentier d’orignal longeant une petite rivière, etc. Il ne vous reste alors qu’à ériger à cet endroit un site d’affût discret pour être potentiellement positionné au cœur de l’action. À bon vent, ce site devrait être construit bien avant la prochaine saison de chasse et vous devrez prévoir bien dégager vos lignes de tir. Ne lésinez pas sur ce point, car une fois la chasse commencée, ce n’est plus le temps de fournir des indices de votre présence à ce cervidé. Alors préparez adéquatement et le plus tôt possible vos sites d’affût, vous en sortirez gagnant. Il est important que votre accession à votre site d’affût se fasse aussi à bon vent. En appliquant cette technique, vous jouez la carte de la patience, mais au moins vous êtes certain de ne pas installer votre perchoir à un endroit choisi au hasard. Ainsi, pas besoin d’être un pro de l’appel ou du rattling, mais simplement d’être patient et fin observateur. Par contre, si vous adoptez une telle approche, il est important de laisser reposer votre site de temps à autre, d’où l’importance d’en découvrir plus d’un.

Technique proactive

Vous préférez travailler à partir du sol en vous faisant passer pour un mâle? Voici comment je procède. Premièrement, je transporte toujours avec moi une palette provenant d’un panache d’orignal d’environ 45 pouces. 

Pourquoi 45 pouces? Parce que je vise le dominant du secteur, alors si je vais à la guerre avec un lance-pierre, je ne le déjouerai pas. Il faut vraiment que ma palette résonne comme celle d’un mâle mature et non comme celle d’un buck d’à peine 2 ½ ans. Donc, avant d’entrer dans le cœur du secteur convoité,soit environ 300 mètres, je vais émettre un appel plaintif de femelle. Il sert à convaincre les mâles du secteur qu’il y a dans les environs une femelle prête à être accouplée. Par la suite,en prenant soin d’entrer sur ce territoire à bon vent, je me déplace tranquillement en émettant quelques rots de mâles et en faisant un rattling très léger pour imiter un mâle en déplacement. Si j’ai une réponse de mâle, à partir de ce moment je vais adapter l’intensité de mon rattling et la fréquence de mes appels de mâle à mon adversaire. Tout est alors une question d’ACTION-RÉACTION. Si le mâle fait du rattling agressif, j’en fais tout autant. S’il me répond plus agressivement, j’en fais tout autant et ainsi de suite, tout en avançant très tranquillement vers lui. Si vous adoptez cette stratégie, il ne faut pas que vous vous laissiez impressionner par votre adversaire. Il faut plutôt lui laisser savoir que vous n’avez pas peur de lui en progressant dans sa direction jusqu’à ce qu’il soit à portée de tir. Il faut ainsi lui faire comprendre que vous êtes un adversaire qu’il doit prendre au sérieux, au risque de perdre ses chances de s’accoupler avec les femelles qui ont commencé à traîner dans les environs et plus spécifiquement celle qui a lancé des appels plaintifs juste auparavant. Ça, c’est le scénario le plus facile. Si, par contre, je n’ai pas de réponse, je vais entamer des séances de rattling tout en me déplaçant très lentement. Généralement, je fais trois séances de rattling d’environ 15 minutes entrecoupées d’une pause d’une dizaine de minutes. Si après cela je n’ai pas de réponse, je quitte les lieux immédiatement car les orignaux ne sont pas dans le secteur en ce moment. Toutefois, rien n’indique qu’ils ne le seront pas le lendemain, d’où l’importance de ne pas contaminer le secteur inutilement et d’en découvrir plus d’un afin de recommencer le même scénario plus tard.

Conclusion

 À l’automne, les orignaux nous laissent divers indices de leur passage et c’est à nous de les interpréter adéquatement pour pouvoir en soutirer le maximum.

Les frottages faits en période de rut en sont un très bon exemple et si vous chassez lors de cette période, vous devez en profiter au maximum. En faisant une prospection minutieuse au bon moment, vous pourrez emmagasiner une panoplie d’information concernant ces précieux frottages. Ceux-ci vous dicteront où vous devrez mettre vos énergies lors de votre prochaine saison. Par la suite, il ne vous restera qu’à décider si vous voulez adopter une technique passive ou proactive pour tenter de déjouer votre mâle. Sur ce, bonne prospection, bonne analyse et le succès suivra inévitablement!